
Le meurtre sauvage d’une adolescente par son père et son grand-père suscite l’émoi dans un pays où les «crimes d’honneur» demeurent les plus répandus au monde. Medine Memi avait 16 ans lorsqu’elle a été tuée. Cette jeune fille illettrée, que ses parents n’avaient jamais envoyée à l’école, a été assassinée par son père et son grand-père à la fin du mois de décembre, dans un petit village près de Kahta, dans le sud-est du pays. Il aura fallu attendre quarante jours pour que son corps soit retrouvé, en position assise, les mains ligotées, dans une fosse de deux mètres creusée à côté du poulailler de la maison familiale. Mais les pires détails d’horreur ont été fournis par les médecins légistes. Medine aurait été enterrée vivante comme le prouve la présence de terre dans ses poumons et son estomac.
La jeune fille aurait été punie par le «conseil familial» pour avoir entretenu des relations amicales avec des garçons. Les deux bourreaux ont été incarcérés et encourent la prison à vie pour «homicide perpétré avec circonstances aggravantes et avec cruauté». Leur procès devrait s’ouvrir rapidement mais pour l’instant ils refusent de collaborer avec les enquêteurs.
Cette affaire sordide a créé l’effroi en Turquie. La presse s’en est immédiatement emparée pour dénoncer cette pratique des crimes d’honneur encore courante dans cette société patriarcale, notamment dans certaines familles kurdes soumises à l’influence du clan. L’honneur est jugé mis à mal par les femmes en cas d’adultère, de fugue, mais aussi lors de viol ou dans le cas de Medine, lors de supposés contacts ou simples mots échangés avec des hommes. En moyenne, selon des chiffres fournis par l’Etat, plus de 200 crimes de ce type sont commis chaque année, principalement dans les régions kurdes du sud-est du pays mais aussi dans les grandes villes où le très fort exode rural perpétue ces traditions. Un crime d’honneur serait ainsi commis chaque semaine à Istanbul. Ces statistiques ne tiennent évidemment pas compte des suicides «forcés» qui sont devenus pour les conseils familiaux une manière de régler ces questions d’honneur sans craindre la prison.
L’histoire dramatique de Medine met également en lumière les carences des services de police. Cette jeune fille s’était en effet présentée à plusieurs reprises au commissariat pour dénoncer des actes de violence et de torture commis par son père et grand-père. «Pourquoi aucune mesure de protection n’a été prise», s’est indignée Fatma Kurtulan, député du parti pro-kurde BDP (parti pour la paix et la démocratie) lors d’une session de questions-réponses au parlement.
Sur le papier, la Turquie possède certains instruments nécessaires pour lutter contre la pratique des crimes d’honneur. Le Code pénal a été modifié en 2002 afin de sanctionner plus lourdement leurs auteurs. Mais en pratique, ces criminels bénéficient souvent de la clémence des juges et restent considérés comme des héros par leurs compagnons de cellule. Depuis quelques années, des commissions d’égalité hommes-femmes ont aussi vu le jour dans les administrations pour former les forces de l’ordre et fonctionnaires. «Ces ateliers font une réelle différence» constate Fatma Gul Bertay, sociologue à l’Université d’Istanbul. «Or malheureusement, ils ne sont pas assez nombreux.»
A Istanbul, le gouverneur a par ailleurs ouvert un centre d’appel d’urgence dont le succès est réel, avec des coups de téléphone qui arrivent de l’ensemble du territoire. Même réussite pour les centres d’hébergement d’urgence, dont le nombre reste limité, mais qui offrent une porte de sortie à certaines femmes violentées ou menacées de mort par leur famille. Quant aux médias, leur rôle est devenu central. Les très nombreux talk-shows télévisés destinés à la ménagère de moins de 50 ans fourmillent de témoignages de femmes maltraitées ou menacées de crimes d’honneur.
«Les médias sont très efficaces pour lutter contre les violences domestiques, constate Fatmagul Berktay. Mais cela ne suffit pas. Nous avons besoin d’une action et d’une volonté politique positive et pas seulement de la part du gouvernement. Actuellement presque tous les partis politiques turcs, qu’ils soient laïcs ou religieux, sont patriarcaux. C’est cela qu’il faut changer.»
lundi 15 février 2010 (extrait de Ekilafrica-Street events)
… Alors dorénavant, le premier qui vient me dire que, quand même, les combats féministes « font chier à la fin », je lui demande de me citer « un seul » exemple de mec qui s’est fait ENTERRER VIVANT par sa mère et ses soeurs, dernièrement… Malheureusement, en ce qui concerne la population féminine, c’est loin, TRES LOIN d’être un cas isolé. Non mais franchement, des fois, je me demande bien ce qui peut passer par la tête de types pareils ??? Et de quel droit??? Non, vraiment, on est Samedi 27 Février 2010, 15h36, et j’ai manqué de m’étouffer avec mon sandwich poulet/remoulade en lisant ça… Une mort certainement plus digne que celle de Medine Memi.
Argh! Ca y est, j’ai la Haine, là, pour du vrai.







